Non à un monde sans sexes ! et réponse à cet article : Pour une psychanalyse pour touTEs, non à une psychanalyse homophobe

Le premier publié dans le Monde et le second dans le Nouvel Observateur
lundi 17 décembre 2012
popularité : 34%

LE MONDE | 04.12.2012 à 12h12 • Mis à jour le 04.12.2012 à 15h05
Par Monette Vacquin, psychanalyste, auteur de "Main basse sur les vivants" et Jean-Pierre Winter, psychanalyste, auteur d’"Homoparenté"
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Les mots de père et mère vont être supprimés du code civil. Ces deux mots, qui condensent toutes les différences, puisque porteurs à la fois de celle des sexes et de celle des générations, vont disparaître de ce qui codifie notre identité.
Il faudrait être sourd pour ne pas entendre le souffle juvénile qui parcourt tout cela. Le coup de balai idéologique capable de renverser des siècles d’usage et de supprimer les mots auxquels nous devons la transmission de la vie doit s’appuyer sur des ambivalences inconscientes bien archaïques, et largement partagées, pour avoir la moindre chance de s’imposer et... de bientôt faire la loi.

Cette violence, déflagratrice, n’est bien sûr pas seulement le fait d’une minorité d’homosexuels demandeurs du mariage. Sans échos collectifs du côté de la question de la perte ou du refus de tout repère transmis, cette violence aurait suscité au mieux le rire ou le malaise, pas la satisfaction pure et simple. Cet événement est cependant agi par une ultra-minorité, avec le recours indispensable d’un langage qui fait la ruine de la pensée : le politiquement correct.

Ce déni de la différence, "une femme est un homme", Freud le nommait déni de la castration. Cela signifie, dans le jargon psychanalytique, que la castration n’existe pas, il suffit que je la nie mentalement pour que son existence réelle soit réfutée. Quand un "licenciement" devient "plan social", on est mal à l’aise. Quand un "ballon" devient "référent rebondissant", on se demande si on rêve. Quand le "mariage" devient "une discrimination légale contre les citoyens fondée sur leur orientation sexuelle", on commence à avoir peur.

Politiquement correct : le discours doit être poli, sans aucun tranchant. Le "polissage" de la forme, objet d’une surveillance idéologique pointilleuse, masque le terrorisme qu’elle fait régner et conduit à une "éthique" de la haine et de la confusion, au nom du bien débarrassé de toute négativité... ce que l’humanité n’est pas.

La revendication du mariage homosexuel ne constitue pas une demande à satisfaire mais un symptôme à déchiffrer. Que signifie que le mariage déserté soit réinvesti en étant parodié ? S’agit-il de lui donner le coup de grâce ? Ou que cette place ne soit pas laissée vide ? Que signifie enfin l’identification des politiques et des médias à de tels enjeux, alors que tant de questions requièrent notre vigilance ?

D’un côté, des siècles et des siècles d’usage, qui font que mariage et alliance d’un homme et d’une femme sont confondus. De l’autre, la revendication d’une minorité d’activistes qui savent parler le langage que l’on désire entendre aujourd’hui : celui de l’égalitarisme idéologique, synonyme de dédifférenciation. Et manier efficacement le chantage à l’homophobie qui empêche de penser.

Il n’appartient pas aux Etats d’épouser les provocations de quelques idéologues qui parlent une langue confuse mais qui la parlent avec violence, sidérant ou terrorisant leurs objecteurs par des sophismes. Encore moins de donner à ces provocations une forme institutionnelle.

La lutte contre l’homophobie, indispensable, est une chose. L’organisation juridique des liens entre les homosexuels qui le désirent en est une autre. Mais la destitution des institutions par ceux-là mêmes qui sont chargés de les élaborer en est encore une autre. Là réside la difficulté de penser la question du "mariage homosexuel" : elle mêle une problématique légitime à une attaque institutionnelle sauvage qui mobilise les forces les plus archaïques.

Que les gouvernements sachent ce qu’ils font : on ne fait pas la loi au langage ou alors il se venge. Faut-il que les mots d’homme et de femme disparaissent aussi ? Faut-il que l’on cesse de tenir compte du sexe en droit, sinon pour l’abolir, le "pourchasser" au nom de l’égalité, le langage employé témoignant d’anciennes fureurs ?

Notre génération n’en finit plus de franchir des limites, ou de détruire tout ce qui les incarne, plutôt que de les transmettre, avec leur part d’infondable. Homosexuels et hétérosexuels ne relèvent pas de la partition rigide à laquelle on semble souscrire aujourd’hui. Tous partagent le même monde et c’est ensemble qu’il leur appartient de prendre soin des institutions qui structurent les liens entre les hommes et entre les générations.

Les destructions symboliques sont reconnaissables à la souffrance qu’elles causent à certains, plongés dans l’impuissance, conscients de la haine et de la destructivité, et sentant qu’on n’argumente pas contre une perversion. Elles se reconnaissent aussi à la jouissance qu’elles procurent à d’autres, plongés dans le triomphe de la "toute-puissance" et du déni de la loi. Il est probable que le monde absorbera cela avec indifférence, l’autre nom de la haine. C’est même à cela que nous commençons à ressembler : non plus à une humanité connue, mais à un monde indifférent. Neutre. Neutralisé.

Monette Vacquin, psychanalyste, auteur de "Main basse sur les vivants" et Jean-Pierre Winter, psychanalyste, auteur d’"Homoparenté"

Nous publions ci-dessous la réponse que Thamy Ayouch, psychanalyste, maître de conférences en psychopathologie à l’université de Lille 3, et « Professor Visitante Estrangeiro » à l’universidade de São Paulo, adresse à Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter, auteurEs de l’article « Non à un monde sans sexes ! », dans Le Monde le 4 décembre 2012.

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Raison ou tradition ?

Pour Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter, le projet de remplacer, dans le code civil, les termes de père et mère par celui de parent est décrit comme un véritable « coup de balai idéologique », une « violence déflagratrice », un « déni de la différence » qui précipitent l’humanité dans l’ « indifférence », « l’autre nom de la haine ».

La virulence de ce réquisitoire pourrait paraître étrange, elle n’est pourtant que de raison, plaident-ils en tant que psychanalystes. Cette violence viendrait, en effet, répondre aux « ambivalences inconscientes bien archaïques », aux « anciennes fureurs », aux « destructions symboliques », et aux « perversion », « toute-puissance » et « déni de la loi » que charrierait ce projet. Celui-ci ne proviendrait pas seulement d’« une minorité d’homosexuels demandeurs du mariage », mais d’une « ultra-minorité » (laquelle ?) qui n’hésiterait guère à recourir au « terrorisme » d’un « langage qui fait la ruine de la pensée : le politiquement correct ». La mystification égalitariste n’est alors que l’œuvre de « quelques idéologues qui parlent une langue confuse mais qui la parlent avec violence, sidérant ou terrorisant leurs objecteurs par des sophismes ».

Examinons plus précisément l’argumentaire des deux comparses.
La disparition des termes de père et mère du code civil les effacerait de notre identité. Faut-il croire que le seul usage, dans le code civil, du terme parent entraînerait immanquablement la désuétude, au quotidien, des vocables père et mère, et la disparition de leurs référents ? N’est-ce pas, plutôt qu’une disparition, pourrait-on demander, l’apparition, comme un cas parmi d’autres, de la configuration sociale père-mère, à côté de celle de mère-mère ou père-père ?

Plus fondamentalement, c’est d’abord la position équivoque des auteur.e.s qui nous plonge dans la perplexité. En effet, si ces vocables de père et de mère s’inscrivent dans des « siècles d’usage », ils sont également présentés comme « ces mots auxquels nous devons la transmission de la vie ». Singulière hésitation ici, entre un usage historiquement situé, fût-il ancestral, et la métaphysique édification de termes garants de l’universelle transmission de la vie. Que choisit-on ? Ces vocables et, partant, leurs référents, s’inscrivent-ils dans une irréductible historicité, ou sont-ils transcendants à tout usage, mésusage, ou désuétude, décidant alors, sub specie aeternitatis de ce qui vient « codifier notre identité » ?

Car l’on peut invoquer le poids du temps, de la coutume et de la convention, et brandir « des siècles et des siècles d’usage, qui font que mariage et alliance d’un homme et d’une femme sont confondus ». La posture est ici claire : on en appelle à la tradition. Nul changement qui ne vaille, les choses se sont toujours faites ainsi. L’argument reste celui des opposant.e.s aux premières revendications féministes ou décolonisatrices, des adversaires des Civils Rights ou de la lutte contre l’Apartheid, ou, somme toute, des opposant.e.s à toute contestation de l’ordre établi.

Une grammaire universelle de notre subjectivité ?

Mais Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter ne se cantonnent pas à cette posture, et n’hésitent pas à invoquer un argument antinomique, auquel va leur préférence. Par delà l’usage, le temps, la tradition ou le changement – menues contingences historiques –, il est fait appel à « la loi », « la structure », « le langage » et « la transmission de la vie », outils inaltérables d’une grammaire universelle de notre subjectivité. Le code civil, moment législatif d’une société, loi profane, devient alors ce qui « codifie notre identité », syntaxe intemporelle de notre subjectivité, Loi Sacrée. Et qu’on ne craigne guère l’hypostase du langage : à ces mots, père, mère, « nous devons la transmission de la vie ».

Si le langage est l’un des plus importants réseaux symboliques dans lesquels nous inscrivons notre subjectivation, il n’est pas, toutefois, une transcendance an-historique. Rappelons à nos structuralistes implacables que Saussure, dont se réclame toute théorie de la structure, ne sépare pas la langue de la parole. Si la première est la dimension sociale et collective du langage, n’existant virtuellement et parfaitement que dans la masse, et hors de la volonté de l’individu, la parole, elle, est l’irréductible inscription historique de la langue, c’est « un acte individuel de volonté et d’intelligence » (Saussure, Cours de linguistique générale). Point de langage, ni de langue sans parole, système de transformations historiques et sociales faisant que nous ne parlons plus latin aujourd’hui – hormis, pour certains, à la messe.

On ne s’étonne guère alors des résonnances bibliques de l’anathème : « On ne fait pas la loi au langage ou alors il se venge ». Voilà donc le langage sous les traits de l’Éternel, « Dieu jaloux et vengeur », frappant de son courroux ceux qui en modifient les termes. S’il n’est ici qu’indirectement fait appel à la biologie théologique – « Homme et femme il les créa » –, c’est pour mieux se réclamer d’un Symbolique linguistique, fonctionnant comme ultime substrat et suprême ordonnateur de toute manifestation historique et sociale.

O tempora, o mores !

Mais attention à ne pas confondre le langage, transcendance intemporelle, et un langage, qui « fait la ruine de la pensée : le politiquement correct ». Celui-ci remplace, affirment les auteur.e.s, « licenciement » par « plan social », « ballon » par « référent rebondissant » et « mariage » par « discrimination légale contre les citoyens fondée sur leur orientation sexuelle ». Étrange méconnaissance des tournures linguistiques, se dira-t-on, chez ceux qui revendiquent le langage comme l’alpha et l’oméga du fonctionnement psychique. Car les tropes à l’œuvre dans ces faits de langage sont bien distincts : c’est par un euphémisme que « licenciement » devient « plan social », et par une catachrèse propre au jargon technocrate que « ballon » fait place à « référent rebondissant ». Mais si « mariage » donne lieu à « discrimination légale contre les citoyens fondée sur leur orientation sexuelle », c’est ici par hyperbole, et en aucun cas la périphrase ne prétend, comme dans les exemples précédents, remplacer le mot. Le soutenir permet de détourner habilement l’attention de la visée de la formule : celle de faire réfléchir sur le statut de la sexuation et de la sexualité dans l’universalisme républicain.

Fi donc de la variété des figures de style, un seul trope suffit, qui préside à la rédaction de ce texte : l’apophtègme, sentence mémorable fustigeant les manquements à la tradition. « O tempora o mores », « Ah, les jeunes d’aujourd’hui », ou, comme écrivent Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter, « il faut être sourd pour ne pas entendre le souffle juvénile qui parcourt tout cela », « Notre génération n’en finit plus de franchir des limites, ou de détruire tout ce qui les incarne ».

La différence des sexes, garante de notre subjectivation

ou du phallogocentrisme ?

Mais à y regarder de plus près, n’est-ce pas d’une véritable violence contre le langage que font montre les auteurs, lorsque mariage homosexuel, parent plutôt que mère ou père, deviennent, indifféremment, « refus de la castration » ? La tendance n’est guère originale : elle consiste à rabattre la castration, manque, limite, faille et impuissance d’un sujet à combler la demande de l’Autre, sur la seule différence perceptive des sexes. Mais n’est-ce pas ici confondre la théorisation psychanalytique et la théorie sexuelle infantile, épouser le regard du seul petit garçon, qui, devant une dissemblance anatomique, introduit l’alternative d’un avoir ou n’avoir pas ? Et cette perception interprétative de la réalité n’est-elle pas déjà inscrite dans les conditions historiques de valorisation du masculin, et de dépréciation du féminin propres à la Vienne bourgeoise de la fin du dix-neuvième siècle ? L’interprétation de la sexuation comme la possession ou la privation du pénis est empreinte de l’imaginaire collectif, et partant, subjectif, dans lequel elle advient : elle reste historiquement située dans une perspective phallogocentrique qu’on souhaiterait différente actuellement.

L’opération est simple : elle consiste à littéraliser ce que la psychanalyse a eu le soin de métaphoriser, à emplir d’imaginaire ce qu’une théorie ne vise que comme opérateur symbolique. En psychanalyse, la théorisation commence par une désignification. Le processus analytique et sa théorisation créent du sens en subvertissant les significations codées de la langue et des mots : pulsion, plaisir, sexualité y perdent leur sens habituel, ce sont des métaphores. Celles-ci restent toutefois constamment menacées par un remplissage imaginaire, les ramenant au seul sens commun. Les littéraliser, c’est confondre sexuel-infantile et sexe, phallus et pénis, castration et perte de ce dernier.

La différence anatomique des sexes devient alors le signifiant intemporel de notre subjectivation, le modèle même de la différence – de culture, de classe ou d’idéologie, - empêchant de penser tout autant la singularité de chacune de ces différences que la différence au sein du même sexe. Plus encore, la différence de pensée qu’on pourrait afficher devant ce dogme ne serait que l’avatar d’un déni de la différence des sexes. Pointer les configurations multiples de celle-ci, souligner qu’il n’est de différence anatomique des sexes qui ne soit toujours et déjà prise dans le sens historiquement institué du genre et son cortège d’inflations imaginaires, ou tenter, à la manière des revendications égalitaires féministes ou homosexuelles, de réaménager les formes localisées que prend cette différence, ce serait pécher par déni de castration.

Et ce n’est assurément pas d’homophobie que les auteurs feraient ici preuve ; ils le rappellent : « la lutte contre l’homophobie, indispensable, est une chose ». Cet acquit de conscience posé, on peut en toute sérénité affirmer que la « question du ‘‘mariage homosexuel’’ - les guillemets laissent songeur - mêle une problématique légitime à une attaque institutionnelle sauvage qui mobilise les forces les plus archaïques ». Car une chose est la lutte contre l’homophobie, nous dit-on, une autre « l’organisation juridique des liens entre les homosexuels », et une troisième « la destitution des institutions par ceux-là mêmes qui sont chargés de les élaborer ».

Ce serait faire preuve de mauvais esprit que de les confondre : il n’y a en effet nulle homophobie à présenter la revendication d’un « ‘‘mariage homosexuel’’ » par une « minorité d’activistes » comme une « destitution des institutions », ou à lui préférer l’euphémistique « organisation juridique des liens ». L’insinuer serait exercer un « chantage à l’homophobie qui empêche de penser »…

Mais n’est-ce pas plutôt ici l’interdit de penser inlassablement proféré par une psychanalyse à la tentation doctrinale ? Le projet de modification des termes du code civil, le mariage homosexuel ou l’homoparentalité ne seraient-ils pas, plus que des impensables symboliques, de nouvelles questions sociétales impliquant d’être pensées à nouveaux frais ? Plus que dans toute théorie ou pratique, la pensée, en psychanalyse, n’advient qu’à la faveur de l’impensé sur lequel elle ouvre, et qui l’invite à renouveler ses coordonnées de pensée. C’est alors en vertu d’un interdit de penser les nouvelles modalités d’alliance et de filiation et leur contingence historique, que le mariage homosexuel apparaît, nous dit-on, comme une « parodie », un « coup de grâce » donné au mariage, susceptible de ne susciter, au mieux, que « le rire ou le malaise, pas la satisfaction pure et simple ».

Un psychanalysme antipsychanalytique

Et c’est par une grave confusion sur leur position que les auteurs confisquent ici la pensée. « La revendication du mariage homosexuel ne constitue pas, écrivent-ils, une demande à satisfaire, mais un symptôme à déchiffrer ». On reconnaîtra ici le propre de la posture analytique : l’analyste ne répond pas par des actes à la demande de l’analysant.e, en prétendant la satisfaire ou la faire disparaître, mais l’accompagne dans le déchiffrage de la position désirante d’où elle émerge. Mais cette « minorité d’activistes », ces « homosexuels en demande du mariage » sont-il des analysant.e.s de Madame Vacquin et Monsieur Winter, et leur adressent-ils cette demande ? Quelle toute-puissance conduit ici mes confrère/consoeur à s’instituer psychanalystes d’une collectivité qui ne les a, du reste, guère sollicité.e.s, et à sommairement appliquer une technique, des règles et des concepts du cadre analytique à toute une société, pour en déchiffrer le symptôme ? Au nom de quelle aberrante science psychanalytique s’autorisent-elle/il à statuer sur des questions sociétales, à prédire l’effondrement de la loi et à se faire garant.e.s de la limite par un vigoureux rappel à l’ordre ?

S’il est une attitude analytique, et qui manque cruellement ici, c’est précisément celle qui interroge le lieu d’énonciation d’un discours, son historicité, les enjeux inconscients qui y président, les résistances à l’altérité qui l’animent et le narcissisme qui le menace. Mais ce n’est certainement pas celle qui inscrit la psyché ou la société dans une quelconque prédictibilité.
Laissons les oracles et les anathèmes aux prophètes et aux prêtres. Un.e psychanalyste n’a pas vocation à s’occuper de la morale de la société, ni de son futur. Elle ou il n’a commerce qu’avec son analysant.e et vise à respecter sa liberté, en ne remplaçant pas, au gré des plus grotesques contre-transferts, son désir par le sien.
Que l’on songe donc à s’interroger sur les usages normalisateurs, malheureusement si fréquents, de la théorie analytique par des analystes autoproclamé.e.s expert.e.s de la société et des bonnes modalités de la subjectivation. Que l’on réfléchisse aux dogmatismes qui, au nom de la psychanalyse, nous gratifient, dans les termes d’une métapsychologie an-historique, des préférences subjectives les moins soumises à l’analyse du contre-transfert, et des stéréotypes les plus éculés. Toute normativité au nom de la psychanalyse est une imposture, une suppression du processus analytique, au profit des seules conditions historiques, sociales, politiques, et non psychanalytiques, d’énonciation du discours.

Le terme parent dans le code civil ne viendrait pas nier la castration, l’existence de mères et de pères, de femmes et d’hommes, mais proposer à la pensée d’autres structurations du désir à partir desquelles la réalité est abordée, d’autres institutions humaines, ponctuelles, historicisées, renouvelant la perpétuelle mutabilité du symbolique. Oublier cette historicité, c’est remplacer les mouvements théoriques et opérations analytiques par un néoplatonisme où le Symbolique se confond avec la sphère éthérée de l’Intelligible, et Père, Mère, Loi et Différence des sexes deviennent des Idées.
C’est faire de la psychanalyse les vaticinations de « quelques idéologues qui parlent une langue confuse mais qui la parlent avec violence, sidérant ou terrorisant leurs objecteurs par des sophismes ».

Thamy Ayouch

Thamy Ayouch a publié précédemment sur Féministes en tous genres, "Tout le monde couche avec tout le monde !"

Dernier ouvrage paru
Ayouch T. (2012), La consonance imparfaite. Maurice Merleau-Ponty et la psychanalyse, Le Bord de l’Eau, Paris, 2012.

Articles récemment publiés
Ayouch T. (2012) : « Genealogia da intersubjetividade e figurabilidade do afeto : Winnicott e Merleau-Ponty », Psicologia USP, volume 13, n°2, 2012.

Ayouch T. (2012) : « La psychanalyse : une pensée magique ? », Cliniques méditerranéennes 1/2012 (n° 85), p. 175-194

Articles à paraître
Ayouch T. : "Merleau-Ponty e a psicanálise : da fenomenologia da afetividade à figurabilidade do afeto", Jornal de Psicanálise
Ayouch T. : "A teorização em psicanálise : método, loucura, metáfora", Revista brasileira de psicanálise

Ayouch T. : « Violences conjugales, violences théoriques. La psychanalyse à l’épreuve du genre », Clinique méditerranéenne
Ayouch T. : « Le corps, un témoin ? Psychanalyse et différence des sexes », Recherches en psychanalyse


Commentaires

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lundi 14 janvier 2013 à 17h30 - par  kadija TURKI

cher psycho,
Merci pour tes remarques, mais j’aimerais entendre "les psychologues dans la cité" (comme un certain colloque du même titre qui s’était tenu en 1985), pas seulement les psychanalystes ... illisibles par le peuple de France qui a battu le pavé par jour de grand froid... et qui commence à intuiter ce qu’écrivait Lourau, à savoir que " l’inconscient, en dernière analyse, c’est l’Etat . Nos idées, nos sentiments, nos émotions sont commandés par lui. Ses désirs sont des ordres : les nôtres ne sont que des réponses obséquieuses à ce qu’il permet, tolère, impose ou interdit. "
En 2003, à propos de la réforme des retraites, J-P Raffarin, premier ministre de J. Chirac, grava dans le marbre une phrase qui revient en écho 10 ans plus tard, à propos de la réforme du mariage, sous le règne d’une soi-disant gauche : "la rue doit s’exprimer, mais ce n’est pas la rue qui gouverne" (disait Raffarin en 2003) ; "ce n’est pas la rue qui fait la loi" (dit Hollande en 2013) : trouvez la différence.
La rue aura-t-elle le droit de mettre son bulletin de vote dans l’urne aux prochaines élections ? Certains disent qu’elle a voté Hollande pour sanctionner Sarkosy. Sanctionnera-t-elle Hollande en votant pour ... le fantôme de Coluche ?
La manifestation qui a eu lieu le 13 janvier 2013 à Paris "contre le mariage pour tous" est exemplaire à plusieurs titres, et particulièrement quant à ce qui est resté dans l’ombre, dans le silence des médias ... comme si, une consigne invisible, inaudible et sans saveur avait été distillée dans les cervelles des journalistes de terrain et des ténors habituels de la société dénommée "civile" :
- pas de personnalités de la dite société (juristes, médecins, artistes de toutes disciplines, chercheurs en sciences sociales, experts divers, etc.) identifiées dans la foule par ces journalistes qui semblaient, comme un seul homme (... formatés par un même moule), attirés par les rares personnalités politiques (choisies uniquement à droite et à son extrème). Curieux, non ?
Où étaient, dans la foule, les élus de gauche visibles ? Avaient-ils reçu des consignes de silence ?
- pas de vedettes du show biz, du sport, du cinéma, du théâtre, ... curieusement silencieux aussi.
- pas de collectifs de jeunes (collégiens, lycéens, étudiants) qui pourtant s’étaient mobilisés 10 ans plus tôt contre la réforme des retraites... et alors qu’ils sont ici les premiers concernés !
- et ... le silence explosif des psychologues (universitaires, chercheurs, praticiens...) quant à une réforme que l’on veut nous faire croire, être uniquement une question de droit, alors qu’elle touche à l’intime, à la transmission, à certains tabous, à ce que la pudeur du peuple ne lui permet pas d’en causer sur la place publique et à bien d’autres choses qui ont à voir avec les relations sociales, éducatives, économiques, politiques, voire mondialistes.

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samedi 5 janvier 2013 à 20h50 - par  psycho

Chére Zibule
je me suis mis à la lecture entre autre du livre de Godelier, eh bien ça éclaire bien ton commentaire.

Logo de kadija TURKI
samedi 5 janvier 2013 à 17h10 - par  kadija TURKI

Les mots "père" et "mère" disparaîtraient du Code Civil et peut être du Code de la Famille.
Que deviendrait le mot "mère" de l’article 11 du Préambule de notre Constitution ?
Que deviendrait le mot "famille" qui définit celle-ci comme "ensemble du père, de la mère, des enfants" ?
Que deviendrait le mot "parent" qui signifie "père et mère" ?
Que deviendra l’imago paternelle ? l’imago maternelle ?
Si "père" et mère" disparaissent, qu’adviendra-t-il de "grand-père" et "grand-mère" dont la grande majorité ont eu des pères et mères ? Comment l’enfant construira-t-il ce qu’il ne pourra plus nommer "famille" ?

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