Etudiants en psycho :pourquoi partent-ils ?

Par PASCAL-HENRI KELLER Professeur de psychopathologie, université de Poitiers
dimanche 27 septembre 2009
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Dans les filières universitaires de sciences humaines, les effectifs d’étudiants seraient à la baisse, surtout en psychologie. Conséquence d’un discours politique désignant ces filières comme « fabriques de chômeurs » ?Effet mécanique du mouvement de grève qui a perturbé les facs durant tout le premier semestre 2009 ? Les raisons sont à l’évidence plus complexes. Mais si l’on s’en tient à la seule psychologie, une chose est sûre : la désaffection apparente dont souffre cette discipline a de quoi intriguer, tant la demande est grande.

Côté public d’abord : l’engouement pour la presse « psy » ne fait que croître et les ouvrages des « psys » se publient à un rythme effréné. Le législateur ensuite : ses efforts pour mettre au point le statut de psychothérapeute sont en train d’aboutir et, désormais, la responsabilité de cette formation reviendra pour l’essentiel aux universités. Les professionnels enfin : jamais les institutions sanitaires et sociales n’ont autant fait appel aux psychologues.

Alors, d’où vient le malaise qui s’installe dans cette science de l’esprit qu’est la psychologie ? A défaut d’une réponse satisfaisante à cette question, on dispose de quelques éléments de réflexion sur le sujet. Deux suffiront. Cet été, la ministre de la Santé fait voter la loi HPST, dans laquelle disparaît cette phrase : « Les établissements de santé, publics et privés, assurent les examens de diagnostic, la surveillance et le traitement des malades, des blessés et des femmes enceintes en tenant compte des aspects psychologiques du patient », pourtant inscrite dans la loi depuis 1991. Malgré les démarches des principales associations de psychologues, rien n’y a fait : l’aspect psychologique des personnes accueillies peut désormais être ignoré par les établissements de soin. Et puis, il y a quelques jours, les médias ont fait leurs titres sur le vingt-troisième suicide d’entreprise à France Télécom. La souffrance psychique au travail, pourtant étudiée depuis des années par les scientifiques et dénoncée par tous les syndicats, deviendrait-elle cause nationale ? Pas du tout. Ces suicides en série, mis à l’occasion sur le compte du « stress », seraient surtout dûs à des effets de « contagion ». Ce mot évoque un phénomène naturel, incontrôlable. L’envie de se donner la mort s’attraperait en quelque sorte, comme le rhume des foins, ou la grippe H1N1, au contact de ceux qui sont déjà atteints. Quant à la vie psychique de son personnel, France Télécom, soutenue par le gouvernement, promet désormais d’en prendre soin, comme elle a pris soin de sa technologie de pointe : en la « gérant » mieux (France Info, 15 septembre). Ce désintérêt de la puissance publique à l’égard des choses de l’esprit est-il finalement si gênant pour le citoyen ? A première vue, non, car chacun tient à l’idée qu’il use de sa liberté de penser, à sa guise. Mais, parallèlement, l’Etat investit des sommes colossales dans des entreprises comme NeuroSpin (Saclay), qu’il charge officiellement de trouver, à l’intérieur du cerveau, les sources de la pensée. Fasciné par le cerveau, autant que le sot peut l’être par le doigt du sage qui lui montre la lune, le responsable politique nous impose, jour après jour, sa propre fascination. C’est ainsi qu’il y a peu, des scientifiques ont caressé l’espoir de trouver dans le cerveau de certains bambins jugés troublés et troublants, non seulement la source de leurs pensées déviantes, mais également celle de leurs futures conduites asociales (Nos enfants sous haute surveillance, Sylviane Giampino et Catherine Vidal, Albin Michel, 2009).

Refusant de concevoir l’activité cérébrale seulement comme condition nécessaire à la pensée, de nombreux scientifiques font mine de croire qu’elle en est la condition suffisante. Puisqu’ils oublient que le psychisme ne surgit pas ex nihilo, il faudra bien un jour ou l’autre leur rappeler que, pour penser comme pour aimer, il faut être deux. Ce jour-là, puissent les psychologues être encore assez nombreux pour y contribuer.


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