Un rapport parlementaire préconise des états généraux de la psychiatrie

Mediapart 03 Juin 2009 Par Carine Fouteau
jeudi 4 juin 2009
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Mediapart 03 Juin 2009 Par Carine Fouteau

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Après le meurtre d’un étudiant par un patient schizophrène à Grenoble, en novembre 2008, et la remise du rapport Couty, en janvier 2009, Roselyne Bachelot avait annoncé son intention de présenter une loi « avant l’été » réformant la loi de 1990 sur les hospitalisations d’office et réorganisant, à l’échelon territorial, l’offre de soins. Mais la loi « Hôpital, patients, santé et territoires », en cours d’examen au Sénat, est passée par là. La contestation qu’elle suscite incite les élus à la prudence et à la concertation.

Rendu public ce mercredi 3 juin, le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (il peut être consulté sous l’onglet Prolonger) propose, au préalable, la tenue d’états généraux de la santé mentale – à la suite de ceux organisés par la profession en 2003 à Montpellier. « Le rapport Couty préconise de rénover le secteur psychiatrique en créant des groupements locaux pour la santé mentale qui réunissent l’ensemble des acteurs, publics, privés, médicaux et sociaux de la santé mentale. Cette proposition inquiète beaucoup les professionnels de la psychiatrie qui y voient une remise en cause de leurs pratiques. Dans un contexte de relations tendues entre les pouvoirs publics et la profession, il semble impossible d’imposer une telle réforme », indique le rapporteur, Alain Milon.

Ce sénateur UMP dresse un état des lieux alarmant de la psychiatrie en France, victime, selon lui, d’un « double abandon », des patients et des soignants. Il note tout d’abord des consultations hospitalières « trop peu nombreuses » : « La première condition pour faire du malade et de son entourage des acteurs des soins est qu’ils y aient accès. Or l’une des particularités de la psychiatrie en France est l’ampleur de l’absence de prise en charge. Les structures hospitalières qui sont de fait seules à assurer celle des pathologies lourdes ne peuvent répondre à la demande de consultation d’une population de malades croissante et sujette à des pathologies de plus en plus diversifiées allant de la maladie d’Alzheimer à l’addiction aux jeux. »

Entre 1985 et 2005, près de 30.000 lits et places ont été supprimés, théoriquement pour permettre aux malades d’être soignés chez eux. Mais les moyens transférés aux proches n’ont pas suivi. Lors de son audition au Sénat, Philippe Batel, chef de l’unité fonctionnelle de traitement ambulatoire des maladies addictives à l’hôpital Beaujon, a décrit la situation : « Aujourd’hui, pour avoir un rendez-vous dans l’unité dont j’ai la charge, il faut entre trois et six mois d’attente, ce qui est pour moi une souffrance majeure par rapport à l’idée que je me fais de l’engagement du service public. Pourquoi ? Ce délai d’attente sélectionne les patients qui ont le moins besoin de moi et qui sont issus des catégories socioprofessionnelles les plus élevées ! J’ai des chiffres pour le démontrer. Le système tel qu’il est aujourd’hui va faire que je ne vais pas voir les patients pour lesquels je suis investi ! »

Selon le Haut conseil de la santé publique, un tiers des patients schizophrènes, la moitié des patients souffrant de dépression et les trois quarts des patients souffrant d’abus d’alcool n’ont ainsi pas accès à un traitement ou à des soins simples et abordables. Lire Aussi Que fait-on des « fous dangereux » ? La psychiatrie organise la résistance à l’enfermement des malades Une loi réformant la psychiatrie « avant l’été » Après le meurtre d’un étudiant par un patient schizophrène à Grenoble, en novembre 2008, et la remise du rapport Couty, en janvier 2009, Roselyne Bachelot avait annoncé son intention de présenter une loi « avant l’été » réformant la loi de 1990 sur les hospitalisations d’office et réorganisant, à l’échelon territorial, l’offre de soins. Mais la loi « Hôpital, patients, santé et territoires », en cours d’examen au Sénat, est passée par là. La contestation qu’elle suscite incite les élus à la prudence et à la concertation.

Rendu public ce mercredi 3 juin, le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (il peut être consulté sous l’onglet Prolonger) propose, au préalable, la tenue d’états généraux de la santé mentale – à la suite de ceux organisés par la profession en 2003 à Montpellier. « Le rapport Couty préconise de rénover le secteur psychiatrique en créant des groupements locaux pour la santé mentale qui réunissent l’ensemble des acteurs, publics, privés, médicaux et sociaux de la santé mentale. Cette proposition inquiète beaucoup les professionnels de la psychiatrie qui y voient une remise en cause de leurs pratiques. Dans un contexte de relations tendues entre les pouvoirs publics et la profession, il semble impossible d’imposer une telle réforme », indique le rapporteur, Alain Milon.

Ce sénateur UMP dresse un état des lieux alarmant de la psychiatrie en France, victime, selon lui, d’un « double abandon », des patients et des soignants. Il note tout d’abord des consultations hospitalières « trop peu nombreuses » : « La première condition pour faire du malade et de son entourage des acteurs des soins est qu’ils y aient accès. Or l’une des particularités de la psychiatrie en France est l’ampleur de l’absence de prise en charge. Les structures hospitalières qui sont de fait seules à assurer celle des pathologies lourdes ne peuvent répondre à la demande de consultation d’une population de malades croissante et sujette à des pathologies de plus en plus diversifiées allant de la maladie d’Alzheimer à l’addiction aux jeux. »

Entre 1985 et 2005, près de 30.000 lits et places ont été supprimés, théoriquement pour permettre aux malades d’être soignés chez eux. Mais les moyens transférés aux proches n’ont pas suivi. Lors de son audition au Sénat, Philippe Batel, chef de l’unité fonctionnelle de traitement ambulatoire des maladies addictives à l’hôpital Beaujon, a décrit la situation : « Aujourd’hui, pour avoir un rendez-vous dans l’unité dont j’ai la charge, il faut entre trois et six mois d’attente, ce qui est pour moi une souffrance majeure par rapport à l’idée que je me fais de l’engagement du service public. Pourquoi ? Ce délai d’attente sélectionne les patients qui ont le moins besoin de moi et qui sont issus des catégories socioprofessionnelles les plus élevées ! J’ai des chiffres pour le démontrer. Le système tel qu’il est aujourd’hui va faire que je ne vais pas voir les patients pour lesquels je suis investi ! »

Selon le Haut conseil de la santé publique, un tiers des patients schizophrènes, la moitié des patients souffrant de dépression et les trois quarts des patients souffrant d’abus d’alcool n’ont ainsi pas accès à un traitement ou à des soins simples et abordables. Limiter le recours à la contrainte dans la thérapie

En matière de pratiques soignantes, ensuite, le rapport propose de limiter le recours à la contrainte dans la thérapie : « Certains traitements ont pu se construire en négligeant ou en refusant l’autonomie du malade afin de le guérir. Sans remettre en cause la valeur thérapeutique de l’ensemble de ces pratiques d’isolement, certaines d’entre elles sont légitimement contestées. Ainsi, l’isolement des anorexiques et le contrat de prise de poids conditionnant la sortie ont pu être doublement critiqués : d’une part, ces choix reposent sur une préconisation de Charcot qui estimait que la cellule familiale était la cause de la maladie, ce que rien n’établit scientifiquement et qui contribue à la culpabilisation inutile des familles ; d’autre part, les bénéfices thérapeutiques des ces méthodes n’apparaissent pas durables s’ils ne s’appuient pas sur l’efficacité du thérapeute et sur la volonté de guérir du patient. »

L’Office parlementaire pointe aussi le besoin d’infirmiers psychiatres. En créant un tronc commun de formation des infirmiers, l’arrêté du 23 mars 1992 a mis fin à l’existence du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique. Dix-sept ans après cette réforme, « la perte en termes de qualité de soins psychiatriques est visible ». Un consensus, ajoute-t-il, existe pour que soit créée une spécialisation en psychiatrie de niveau master après le diplôme commun d’infirmier d’État.

Pour compenser les fermetures massives de lit depuis vingt ans, le rapport plaide enfin en faveur du développement de l’exercice groupé et des coordinations entre professionnels de santé, en citant l’exemple des cabinets infirmiers. Parmi les autres préconisations : le soutien à la recherche en psychiatrie, qui fut l’une des plus innovantes au monde, par la création d’un réseau national. Lire Aussi Que fait-on des « fous dangereux » ? La psychiatrie organise la résistance à l’enfermement des malades Une loi réformant la psychiatrie « avant l’été »

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