Pères toxiques. Colloque Uforca 2014.

mardi 4 mars 2014
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Argument
On a assez dit la toxicité des mères : mère ravages, mères réelles, présences et absences capricieuses, gueules de crocodile, mangeuses de bébés, figures de jouissance plutôt que de désir. Ce préjugé clinique est soutenu par la métaphore paternelle qui présente le père comme un remède. En effet, le père de l’Œdipe tempère le rapport entre la mère et son objet. L’interdit et la castration dont il est l’agent sont pansés par sa promesse tu l’auras.

Mais qu’en est-il de la toxicité des pères ? Elle sera à l’affiche du prochain colloque Uforca qui s’inspirera du Séminaire VI en tant que celui-ci parle de nous1.

Nous y trouvons en effet l’insuffisance de l’Œdipe. Certes, celui qui jouit sans le savoir et ensuite « paye le crime qu’il ne savait pas avoir commis »2 donne le modèle d’un père qui transmet le désir, à savoir un père qui fait porter la castration tout d’abord sur lui-même. Or, nul n’est conforme à ce paradigme. Le bonhomme-père, l’occupant de la fonction paternelle, n’est jamais ajusté. Quelque soit l’adjectif qui qualifie son mode d’agir – gentil, méchant, présent, absent, regardant, naïf, impuissant, tout puissant –, il est toujours trop ou pas assez. En outre, la figure paradigmatique de l’Oedipe est elle-même considérée dans ce Séminaire comme ayant de lourdes conséquences pour la génération suivante puisque les deux fils d’Œdipe ne songent qu’à se massacrer entre eux avec toute la vigueur et la conviction désirables3.

Cette transmission du phallus, hybride de désir et de dette, s’impose au sujet du fait d’être né de ce père-ci et cette mère-là. C’est donc un destin qui, tout en faisant peser sur le sujet son poids de culpabilité, lui donne une place. « À y renoncer comme nous pouvons maintenant le faire, nous sommes chargés d’un malheur plus grand encore, de ce que ce destin ne soit plus rien »4. Ainsi, depuis que l’homme s’est libéré de la dette, depuis qu’il s’est mis à contester le destin et à le déjouer, c’est la légitimité de son être même, son to be, qui est mise en question.

Le cas de Hamlet-père ouvre vers cette dimension. Être déjà mort ne l’empêche pas de revenir dans la figure du ghost pour braver le destin. Mais s’il est toxique pour ce fils, c’est surtout parce qu’il échoue à lui fournir une traduction viable de la jouissance féminine. Pire, là où l’absence de garantie dans l’Autre ouvre vers une panoplie de possibilités plus ou moins heureuses, il garantit l’absence de tout pacte remédiant au non rapport sexuel. Cette version du père plonge Hamlet junior dans le désespoir d’un monde où la dette n’est plus valide et où la seule garantie est l’absence de toute vérité qui vaille. C’est l’envers du père de la promesse. Le sujet se trouve désarmé, dépourvu de l’instrument qui lui permettrait d’aborder l‘inconsistance de l’Autre.

À la sortie de l’âge du Père5, il nous revient plus que jamais d’investiguer ce point de fuite de la fonction paternelle, là où l’interdit, la castration, la dette et la promesse n’ont plus aucune prise. Dans cette zone après l’Œdipe où le signifiant manque et où le réel se découvre sans loi, c’est la logique féminine qui règne. Le père devient toxique s’il ne lâche pas le rêve d’assécher la partie non négativable de la jouissance que la castration laisse derrière elle. La maîtrise n’est plus en vigueur, plutôt le maniement. 

L’Homme masqué, qui clôture L’éveil du printemps, est à l’horizon de la dernière partie du Séminaire qui traite de la perversion. Ce n’est pas la castration qu’il propose au grand criminel, mais un moment de confidence autour d’un bon dîner chaud, moment de parole mais pas sans jouissance. Cette figure de « La femme comme version du père »6 tend vers une paternité qui n’est pas Une ni toute, mais une pluralité de version de pères qui adaptent leur action à la particularité de la jouissance du sujet. Ce père de l’ère Après l’Œdipe est un père – symptôme.

Rendez-vous au colloque Uforca, du 28 juin 2014, avec la toxicité du père à la lumière du Séminaire VI. 
Gil Caroz

1 MILLER J.-A., in LACAN, J. , LE SEMINAIRE Livre VI, Le désir et son interprétation, Paris, Editions de la Martinière et le Champ Freudien Editeur, 2013, 4ème de couverture.

2 LACAN J., LE SEMINAIRE Livre VI, Le désir et son interprétation, p. 294. 

3 Ibid.

4 LACAN J., LE SEMINAIRE Livre VIII, Le transfert, Paris, Seuil, 2001, p. 358-359.

5 MILLER, J.-A., in LACAN, J. , LE SEMINAIRE Livre VI, Le désir et son interprétation, 4ème de couverture.

6 LACAN J., “Préface à L’Eveil du printemps”, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 563. 

 

 


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