De quoi déprimer (ou pas) : les professeurs Debré et Even récidivent et tirent sur les antidépresseurs

, par  psycho

De quoi déprimer (ou pas) : les professeurs Debré et Even récidivent et tirent sur les antidépresseurs

Paris, le vendredi 31 août 2018 – Voilà qui ne va pas plaire au docteur Alain Choux, qui est déjà le héraut d’un de nos articles du jour (qui évoque son action contre le docteur Cahuzac). Les professeurs Philippe Even et Bernard Debré qui s’étaient illustrés en 2012 avec leur Guide des 4 000 médicaments, qui avait provoqué les foudres d’un grand nombre de leurs confrères (dont celles du docteur Choux), nullement échaudés par ce précédent, publient aujourd’hui un manuel dédié aux antidépresseurs selon le titre (Dépressions, antidépresseurs : le guide, Cherche Midi) et en réalité plus globalement à tous les psychotropes.
Des médicaments pas très innovants, pas très efficaces et pas toujours nécessaires
Bénéficiant d’une belle couverture médiatique assurée par Le Point, les deux praticiens, dont les spécialités (la pneumologie et l’urologie) ne semblent pas les avoir dissuadés de s’aventurer sur le terrain si spécifique et délicat de la prise en charge des maladies psychiques, proposent une nouvelle fois un manuel qui ne se limite pas à un classement mais qui multiplie également les commentaires. Outre un passage en revue des différentes molécules, l’évocation de leur efficacité et/ou de leurs limites, les professeurs Even et Debré font le constat d’une sur psychiatrisation de la société et des différents évènements de la vie qui conduirait à une sur prescription de médicaments. Concernant ces derniers, si les premières classes lancées entre 1950 et 1970 eurent, selon eux, le mérite d’apporter de véritables innovations, ils se limitent désormais à un recyclage des mêmes formules, ce qui n’empêcherait pas de juteux profits.
Méconnaissance de la réalité

Bien sûr, la réputation sulfureuse des deux médecins (dont un, le professeur Even a été radié pour ses propos peu confraternels concernant certains de ses confrères) a entraîné un flot important de commentaires. Si le phénomène de sur psychiatrisation n’est pas nié par une partie des observateurs, méconnaître parallèlement les besoins non pris en charge d’une partie de la population ne peut qu’irriter. De la même manière, la stigmatisation de tel ou tel médicament est considérée comme dangereuse et très éloignée d’une pratique dont l’objectif est de déterminer le traitement le mieux adapté à chacun. Beaucoup, à l’instar de l’Académie de médecine il y a quelques années rappelleront d’une manière générale que si les psychotropes sont effectivement des médicaments présentant des effets secondaires et qui doivent faire l’objet d’une surveillance stricte, ils sont aussi également des outils utiles pour prévenir les conséquences graves des états dépressifs, là où les thérapies alternatives, louées par le Point dans sa présentation du guide n’ont pas toujours apporté les preuves de leur efficacité. Certains iront même plus loin en rappelant que si les antidépresseurs ne guérissent pas toutes les dépressions (ce que l’on peut regretter !), il en va de même (hélas) dans toutes les pathologies et pour toutes les classes thérapeutiques et qu’il ne viendrait à l’esprit de (presque) personne de critiquer par exemple la surmédicalisation de la pneumologie ou de l’urologie au prétexte que notre pharmacopée actuelle est encore en défaut dans bien des cas. 

Ainsi, encore une fois, ce qui aurait pu être un travail pédagogique utile se transforme en polémique stérile… Déprimant ?

 

Aurélie Haroche


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