Témoignage d’actualité 1.

Auteur Anonyme
mardi 16 février 2010
popularité : 3%

Premier de 3 témoignages que je vous laisse apprécier.
Je vous le recommande, il est touchant et plein de vérité.
Le Webmestre.
Le prochain , le 23 février

Le 23 Novembre 2009

Je ne me souviens plus s’il s’agit de la deuxième, ou de la troisième marche, juste avant de passer la porte. C’était en revenant d’une belle soirée, paisible, comme elle pouvait l’ être à ce moment là.
Un dossier à remplir, mais où est la feuille ? Je me suis égarée. Tant de feuilles ont passé. Des mois de feuilles, des années. Enfin, quelques années, en tout cas bien assez.
Des années à résister. Mais qui y résisterait ?
Le temps avance, le rouleau compresseur aussi. Il ne m’a pas raté.
Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous, dit le dictons. Pareil pour le rouleau, c’est bien nous qui y passons, chacun son tour. Je parle au pluriel, je suis pourtant si seule, alors que nous sommes si nombreux, déjà, à y être passés.
C’était la troisième marche en montant l’escalier, il me semble, oui, ça doit être ça, je ne sais plus, enfin je ne suis plus très sure. Je ne suis plus très sure de grand-chose, à vrai dire. C’est ça aussi, le rouleau compresseur. En tout cas j’étais en train d’arriver chez moi, j’approchais de la porte et c’est à ce moment là que ça a commencé : la même musique, dans ma tête, la même musique avec les mêmes phrases, qui se répètent mais ne se terminent jamais, parceque depuis le temps je l’avais oublié, cette chanson. J’avais oublié ces paroles de BALAVOINE que je me répétais, inlassablement, comme pour me consoler, j’avais 17 ans ! C’était il y a si longtemps !
Elles me reviennent à présent, ces paroles et ne me quittent plus depuis que j’ai passé la porte. Jamais je n’aurais pensé, un jour, à nouveau, les « fredonner »( les

guillemets c’est parceque le cœur n’est pas à la joie, contrairement à l’accoutumée en terme de fredonnement ) :

« Difficile d’appeler au secours,
Quand tant de drames nous oppressent
Et les larmes nouées de stress »…

Oui, mes larmes restent nouées, elles ne veulent pas venir. C’est vrai, il y a toujours tellement plus malheureux que soi ! Cette phrase là, elle est terrible, n’est-ce pas ? Comme s’il fallait être plus malheureux que les autres, pour y avoir droit, au malheur, simplement parcequ’ il y a pire encore ! Psychologue de surcroit, les psychologues c’est bien connu, ça ne pleure pas, n’est-ce pas ?

Je suis psychologue clinicienne, thérapeute d’inspiration analytique. Je suis, j’étais ? Je ne sais plus très bien, ça me semble tellement loin…mon travail ! Mais je reste, quand même, en mon fort intérieur, cette personne qui soutient toujours, mais autrement, par d’autres voies que je tente d’explorer, je soutiens cette parole de l’autre, cette place de sujet, simplement parceque je ne peux plus faire autrement, après les avoir rencontré pendant toute ces années, dans ce qui a été mon travail avec eux, ces personnes dites « handicapées ». Après toutes ces années, à les écouter, je suis certaine d’une chose sur laquelle nous devrions pouvoir nous entendre, ce ne sont pas eux, les véritables « handicapés », c’est l’institution telle qu’elle existe actuellement, qui est en elle-même atteinte de handicaps. Et ça ne va pas s’arranger !
j’ai voulu résister au rouleau compresseur en assurant simplement une qualité de travail indispensable au soutien de la parole du sujet…mise à pied, sanction de mutation disciplinaire… un licenciement pour inaptitude à tout poste, en tout cas dans cette institution, a été ma seule voie de recours, je dirais même de secours, pour échapper à cet enfer. Mais il y en a un autre, d’enfer, c’est, celui après avoir retrouvé l’énergie et le goût au travail et bien l’enfer, c’est celui de ne plus en avoir, du travail. Et ça fait plus d’un an et demi que ça dure. C’est long, c’est très long, c’est trop long ! Mes larmes, comme le dit BALAVOINE, sont nouées, pourtant, je l’avoue, mon travail me manque. C’était un plaisir pour moi, d’assister, dans les deux sens du terme, (à) la « naissance » de la parole du sujet. Parfois, travail et plaisir peuvent faire bon ménage. Je réalise un peu mieux la raison pour laquelle, souvent, il est fait allusion à cette seconde naissance, lorsque nous parlons d’émergence de la parole et par là-même du sujet. Je n’avais, jusqu’alors, pas mesuré qu’ il me plaisait d’ aider l’autre à accoucher de lui-même. C’est bien connu, l’éloignement, souvent, permet de prendre la mesure de nos motivations. Motivation au sens littéral du terme, motif, du latin movere, se mouvoir : ce qui nous pousse. Je ne me l’étais jamais vraiment dit comme ça jusqu’alors, mais je peux le dire à présent, ce sont tout ces moments inattendus, de surprise, donc, que sont les moments d’émergence du sujet, à savoir les moments où il dit une « vérité » à son propos, portée cette vérité, par une parole, un mot, un dessin, qui laisse entrevoir sa singularité, ce sont ces moments là qui me poussaient à revenir travailler en me disant en moi-même que j’aime mon travail parceque je ne m’y ennuie pas, ce n’est jamais pareil… .C’était donc ça ma motivation, ne pas savoir d’avance ce qui m’attendait, l’inconnu en somme. A contrario, avec le recul, je pense que cette position d’authentique ouverture à la surprise, participait au travail d’élaboration, laissait une place au Sujet.
Aussi, lorsque plus bas, je parlerais « des fondements mêmes de la profession », c’est à cette capacité des sujets écoutés, à nous surprendre, en tant que sujets parlants, donc existants, que je ferais allusion. A ce propos, surprenantes elles le sont, ces personnes dites handicapées, souvent dites, même, intellectuellement handicapées, quand elles ne sont pas définitivement désignées par le responsable même de la sructure comme incapables de comprendre quoique ce soit à quoique ce soit, surprenantes elles le sont, donc, dans leur capacité à ce que nous, personnes intelligentes, appelons travail d’élaboration. Et comme le dirait le comique, c’est nous qui l’appelons comme ça, mais c’est elles qui le font, le travail ! Même si nous les y encourageons ! Mais je reviens à mon propos : … « fondement de la profession »…« sujets parlants »… .Car sans sujets parlants, adieu la profession de « psy ». Et si comme il est prochainement prévu, le travail de parole ne se fait plus sur la demande de la personne qui vient parler, mais sur prescription médicale, il faudra m’expliquer comment ce lieu dit de parole, pourra le rester ? ? ? ! ! !
Ce témoignage, peut-être simplement pour dire que pendant que certains, de la même profession, ou de professions toutes proches, je pense à nos amis psychanalystes… se « tirent dans les pattes » pour savoir lequel aura raison, il y en a qui se font « tirer dessus », si je puis dire et si ça continue comme ça, ce ne sera même plus la peine de se demander qui a raison ou tord parceque les fondements mêmes de la profession, je parle du courant humanisant, pour mettre tout le monde d’accord , l’humain étant, presque par définition, un être de langage, en tout cas en ce qui le caractérise au regard d’autres espèces animales et bien tout ça partira en fumée, si nous n’arrivons pas, faute de nous accorder, au moins à viser dans une même direction, pour ce qui me semble de l’essentiel : soutenir la parole du sujet et par là-même, les conditions dans notre travail, pour un tel soutien de cette parole, quelle que soit notre « race », nos origines idéologiques, si j’ose dire ! J’emploie volontairement ce terme de « race », pour accrocher toute l’attention sur les ravages de la division lorsque les différences, ou ici divergences d’opinions, ne sont pas appréhendées comme des richesses, mais comme « l’étranger » qui inquiète. Enfin, ce n’est que mon point de vue, à propos de polémiques, notamment parisiennes, mais pas seulement, dont je n’ai que de simples échos !
Quoiqu’il en soit, définir et soutenir ensembles les conditions de travail pour soutenir réellement la parole de l’autre est, me semble-t-il le minimum que nous nous devons d’accomplir vis-à-vis de ces personnes.
Après quelques entretiens d’embauche, confrontée aux attentes insensées ( qui n’ont aucun sens pour la profession ), sur lesquelles je ne m’attarderais pas, en tout cas pas aujourd’hui, je peux vous dire qu’il serait temps d’accorder nos violons, car certaines positions attendues et que je n’ai pas soutenu, d’autres, avant ou après moi, en toute innocence ou désespoir de cause, eux l’ont prise, cette place, qui n’en laisse pas à l’autre ( la personne écoutée ).

Et bien sûr, si quelqu’un entend parler d’un poste !...Ça m’est déjà arrivé de poser la question en assemblée ( imaginez que dans mes conditions tous les coups sont permis ! ) et bien ça a cruellement bien fait rire tout le monde, mais ça n’a rien donné d’autre qu’un goût un peu plus amer, encore. Ça s’appelle simplement être humain et je ne peux, terriblement, en vouloir à personne.

Tous les Cris les S.O.S

Comme un fou va jeter à la mer Des mots que j’envoie
Des bouteilles vides et puis espère Tous les cris les S.O.S
Qu’on pourra lire à travers Partent dans les airs
S.O.S écrit avec de l’air Dans l’eau laissent une trace
Pour te dire que je me sent seul Dont les écumes font la beauté
Je dessine à l’encre vide un désert Pris dans leur vaisseau de verre
Et je cours Les messages luttent
Je me raccroche à la vie Mais les vagues les ramènent
Je me saoule avec le bruit En pierres d’étoile sur les rochers
Des corps qui m’entourent Et j’ai ramassé les bouts de verre
Comme des lianes nouées de tresses J’ai recollé tous les morceaux
Sans comprendre la détresse Tout était clair comme de l’eau
Des mots que j’envoie Contre le passé y a rien à faire
Difficile d’appeler au secours Il faudrait changer les héros
Quand tant de drames nous oppressent Dans un monde ou le plus beau reste à faire
Et les larmes nouées de stress Et je cours…
Étouffent un peu plus les cris d’amour
De ceux qui sont dans la faiblesse
Et dans un dernier espoir disparaissent
Et je cours
Je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse



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