De la mise en place de la loi sur le Titre à "mon soutien psy"

L’article d’Alain Létuvé défend une ligne claire : les psychologues doivent agir avec pragmatisme, négocier et investir les dispositifs existants, tout en restant fermes sur leurs principes, plutôt que de choisir le refus global ou la « politique de la chaise vide ».

Il s’appuie sur deux épisodes historiques.

  • Lors de la création du titre de psychologue, le diplôme de psychologue scolaire, pourtant très insuffisant en psychologie, avait été admis. Létuvé rappelle que la profession a néanmoins réussi à préserver l’unicité du titre, notamment grâce aux recours devant le Conseil d’État et à une action persévérante.
  • Pour la création de la liste ADELI, les psychologues ont accepté d’entrer dans un répertoire géré par le ministère de la Santé, mais ont négocié une garantie essentielle : l’affirmation explicite qu’ils ne sont ni des professionnels de santé ni des auxiliaires médicaux. Selon lui, cet exemple montre qu’il est possible d’accepter un cadre administratif imparfait sans renoncer à l’autonomie professionnelle.

Appliquant cette leçon à « Mon soutien psy », il estime que les critiques initiales étaient parfois excessives. À ses yeux, le dispositif ne constitue pas, en lui-même, une paramédicalisation : le cadre juridique du titre n’a pas changé et les psychologues ne sont toujours pas des auxiliaires médicaux. Il récuse également le terme d’« ubérisation » et considère que le remboursement de consultations libérales ne s’oppose pas nécessairement à la défense du service public.

Il reconnaît toutefois les insuffisances et les risques du dispositif. Celui-ci doit continuer à évoluer, mais certaines avancées ont déjà été obtenues : suppression de l’adressage médical obligatoire, passage de huit à douze séances, élargissement des critères d’inclusion et remboursement porté à 50 euros. Pour lui, ces évolutions montrent l’utilité de participer aux instances de pilotage.

Létuvé situe aussi une cause importante des divisions professionnelles à l’intérieur même de la psychologie : chaque orientation théorique tend parfois à se présenter comme la seule valable. Il défend au contraire le pluralisme des méthodes et leur complémentarité.

Enfin, il distingue nettement le principe du remboursement des consultations et les projets plus inquiétants qui pourraient lui être associés. Il s’oppose à une « deuxième brique » qui viserait à codifier les pratiques selon les diagnostics psychiatriques et les seules « données probantes » : TCC pour les troubles anxieux, EMDR pour le psychotraumatisme, psychoéducation pour les troubles bipolaires, etc. Il y voit un risque réel de protocolisation, d’éviction des approches psychodynamiques et de transformation du psychologue en exécutant solitaire de soins psychiatriques standardisés.

En résumé, sa position est :

Accepter et faire évoluer le remboursement des consultations psychologiques, sans accepter la médicalisation, la protocolisation ni l’abandon du pluralisme clinique.

Sa formule finale résume son orientation : « Agir avec pragmatisme sans renoncer à nos principes et à nos valeurs. »

Létuvé insiste sur la participation et la négociation de l’intérieur, tout en plaçant une ligne rouge très nette dès que le dispositif prétend définir ou normaliser le contenu même de la pratique clinique.

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